club nature

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Club nature

 

“Qu’arriverait-il, par exemple, si nous effacions du tableau noir toutes les équations différentielles (représentant l'”oeuvre” des hommes sur l’environnement) du côté “ville” de l’interaction? Que resterait-il du côté “nature”? Quelle est la part “sous-jacente” effective de la nature urbaine hors du contrôle humain? La ville pourrait-elle être reconquise progressivement (ou de façon catastrophique) par son écologie “originelle”, ou par autre chose, quelque chose de l’ordre d’une chimère?”

Mike Davis dans Dead Cities (Les prairies ordinaires, 2009, p. 77)

 

 

Une, une, une a le plaisir de présenter l’exposition Club nature avec Miriam Cahn, et Luca Francesconi.

Le mot nature a de nombreuses définitions. Au sein d’un même dictionnaire elles sont plurielles et déroutantes en cela qu’elles ont tendance à avoir des significations quelque peu opposées : « la nature est le monde physique, l’univers, l’ensemble des choses et des êtres » mais aussi « la nature est l’ensemble des principes, des forces, en particulier de la vie, par opposition à l’action de l’homme. » L’être humain y est inclus puis rejeté et cela densifie la dialectique être humain – nature. L’homme est-il naturel ? Ses actions le sont-elles? Existe-t-il un état hybride à la fois naturel et artificiel? Les œuvres de Miriam Cahn et Luca Francesconi présentées ici proposent différents éléments de réponse.

« J’ai toujours pensé au travail de Miriam Cahn comme des œuvres très proches de la visualisation des rêves, comme des tâches d’huile dans l’eau. À la manière dont les japonais peignaient le siècle passé : les représentations étaient impressions. Collines, ombres… tout était impression, rien n’était vraiment figuratif. » C’est dans ces termes que Luca Francesconi décrivait ce que la pratique de Cahn lui évoque, au cours d’un échange d’emails à propos de l’exposition.

Cahn réalise en 1989 le dessin MGA im herbst, les yeux fermés dans un geste performatif spontané : il révèle une nature qui surgit autant qu’elle disparaît. Dans la salle, son gigantisme contraste avec les œuvres de Francesconi où gravitent quelques fragments d’une nature séchée et conservée. Ses pièces end of the rivers exhibent sur de froides plaques en acier deux pangasius momifiés par l’artiste et au sein desquels se loge une pierre en marbre. Une peau de serpent flotte, man et my stomach walking occupent le sol commun tandis que la sculpture snake of the paddy fields se tapit sous les deux personnages de Cahn qui trônent debout dans leurs propres paysages magnétiques. De cet ensemble d’œuvres en présence émerge une masse quelque peu sourde où les dimensions et les poids en balance disent le ténu et vital équilibre qu’il y a entre mortalité et éternité.

Francesconi développe un langage que l’on peut qualifier de « créole », fait de traditions rustiques propre à la culture de la terre et des infinis flux d’actions et de croyances qui en découlent jusqu’à former la culture actuelle digérée, transformée et multiple. Cet « état » de bout de chaîne qui anime toute la pratique de l’artiste n’est plus ni naturel ni artificiel: il est autre et chimérique.

Dans la seconde salle, les soldats – hommes bandés – de Cahn dépeignent l’incessante énergie va-t-en-guerre du genre humain. Ici on peut à nouveau entrevoir la naissance d’une entité, celle d’une nature transformée nommée Nature II par Mike Davis dans Dead cities : un système qui se maintient en vie en développant une nouvelle forme de vie activée par l’impact de la guerre.

Head of the moon de Francesconi arbore un visage astral et diaphane similaire à celui des soldats. Il évoque les différentes influences que la lune exerce sur nos existences. Ces trois personnages colludent dans un mouvement qui mêle inertie et action. On rencontre alors deux gisants : liegen de Cahn qui se présente face contre terre et sick man beyond de Francesconi allongé sur un lit – peut-être celui d’un hôpital – et baignant dans la lumière de la vitrine qui transperce ses lambeaux de peau en résine.

Dans le bureau, le dessin au pastel am strand de Cahn décrit une scène de plage tournant à la violence tandis que decoration de Francesconi, glissé dans le showroom appelle à la paix de l’esprit dans son simulacre de pot-pourri.

Exhibition view

Miriam Cahn, liegen, 2007,huile sur toile, 150 x 110 cm

Exhibition view

Miriam Cahn, soldat, 2010, huile sur toile, 130 x 80 cm

Miriam Cahn, soldat, 2010, huile sur toile, 145 x 115 cm

Luca Francesconi, head of the moon, 2012, Plastique, fer, marbre, coton, 108 x 42 x45 cm

Luca Francesconi, head of the moon, 2012, Plastique, fer, marbre, coton, 108 x 42 x45 cm

Luca Francesconi, sick man beyond, 2016, acier, coton, plastique, 22 x 41 x 14 cm

Luca Francesconi, sick man beyond, 2016, acier, coton, plastique, 22 x 41 x 14 cm

Miriam Cahn, am strand,2015, pastel sur papier, 60 x 96 cm

Exhibition view

Exhibition view

Miriam Cahn, MGA im Herbst (bl.-arb.), 1989, craie noire sur papier, 275 x 360 cm

Exhibition view

Miriam Cahn, au travail, 2011, huile sur toile, 180 x 100 cm

Miriam Cahn, mit bündeln, 2002, huile sur toile, 180 x 88 cm

Luca Francesconi, snake of the paddy fields, 2016, marbre, riz, dimensions variables

Exhibition view

Luca Francesconi, end of the rivers, 2014, marbre, poisson, 60 x 30 x 15

Luca Francesconi, end of the rivers, 2014, marbre, poisson, 60 x 30 x 15

Exhibition view

Luca Francesconi, man, 2016, coton, plastique, 36 x 10 x 6 cm

Luca Francesconi, my stomach walking, 2016, bronze, 38 x 13 x 10 cm

Luca Francesconi, mue, dimension variable

Luca Francesconi, decoration, bronze, plastique, vegetaux,2012, Ø22 cm

Luca Francesconi, decoration, bronze, plastique, vegetaux,2012, Ø22 cm

Club nature

 

The Anthropocene is not only a period of manmade disruption. It is also a moment of blinking self-awareness, in which the human species is becoming conscious of itself as a planetary force. We’re not only driving global warming and ecological destruction; we know that we are. […] To make sense of an epochal change that is being driven by human activity, we need more than geology, meteorology and chemistry. If this is a reckoning for our species, we need an intellectual guide – someone to tell us just how panicked we should be, and how our recognition that we are transforming the planet will change us in turn.

 

Timothy Morton in an article by Alex Blasdel, ‘A reckoning for our species’ : the philosopher prophet of the Anthropocene, The Guardian, 15th of June 2017

 

 

Une, une, une is pleased to present Club nature, an exhibition with Miriam Cahn and Luca Francesconi

The word nature has numerous definitions. A single dictionary entry has the tendency to yield contradictory results, at once pluralistic and confusing: “nature is the physical world, the universe, the ensemble of things and beings” but also, “nature is the system of principles and forces, in particular of life, in opposition to the actions of man.” Humanity is thus included and rejected, densifying the dialectic between man and nature. Are humans natural? Are their actions artificial? Is a hybrid at once natural and artificial? The works of Miriam Cahn and Luca Francesconi, exhibited here, propose different elements of a response.

“I’ve always thought of the work of Miriam Cahn as very close to the visualisation of dreams, like droplets of oil on water. As in the way in which Japanese artists painted in the last century: representations are impressions. Hills, shadows… everything is an impression, nothing is really figurative.” These are the terms Luca Francesconi uses to describe what the practice of Miriam Cahn evokes for him, as relayed in an email correspondence relating to the exhibition.

In 1989, Cahn made the drawing MGA im herbst , her eyes closed in a spontaneously performative gesture. The drawing reveals a form of nature that simultaneously emerges and disappears. In the exhibition space, the gigantism of her work stands in contrast to those of Francesconi, who gravitates toward fragments of dried and conserved nature. In Francesconi’s work End of the rivers , a piece of marble is housed in two mummified pangasius fish lying on steel plates. A snake skin floats, Man and My stomach walking occupy common ground while the sculpture Snake of the paddy fields lurks under two of Cahn’s characters, who preside over their own magnetic landscapes. From this ensemble of works a muffled mass emerges, in which the dimensions and weight in the balance dictate the bond and the vital equilibrium between mortality and eternity.

Francesconi develops a language that could be described as “Creole”, made of rustic traditions specific to the culture of the earth and the infinite flows of actions and beliefs that form culture as we

know it, digested, transformed and multiple. This “state” is the end of a chain, animating the artist’s entire practice, is no longer natural or artificial: it is other and chimeric.

In the second room, Cahn’s soldiers – erect men – depict the ceaseless warmongering energy of humanity. Here we can once again see the birth of an entity, a transformed nature that Mike Davis refers to as Nature II in Dead Cities ; a system autonomously kept alive by developing a new form of life activated by the impact of war.

Francesconi’s Head of the moon depicts an astral and diaphanous face, similar to that of Cahn’s soldiers, evoking the different influences that the moon exerts on our collective existence. These three characters collude in a movement that combines inertia with action. Facing them, two recumbents emerge: Cahn’s liegen , presented face down, and Francesconi’s Sick man beyond , in which a figure lies in bed – perhaps a hospital bed – as light from the window pierces his tattered skin resin.

In the office, Cahn’s pastel drawing am strand describes a beach scene revolving around violence as Francesconi’s Decoration, slipped into the showroom for crafted objects, calls for a strange peace of mind within a simulacrum of pot-pourri.